Plus de 170 000 habilitations sont aujourd’hui déclarées auprès de France compétences. Pour les organismes privés, 57 % des certifications du Répertoire spécifique et 54 % de celles du RNCP identifient au moins un partenaire habilité. Autrement dit : la majorité des offres certifiantes vendues en France ne sont pas portées par le propriétaire de la certification, mais par un tiers autorisé à préparer les candidats.
Si vous dirigez un cabinet de coaching, un organisme de formations courtes ou un centre d’accompagnement qui veut ajouter une brique certifiante à son catalogue, c’est très probablement votre voie d’entrée. Elle est rapide, elle évite deux ans de constitution de dossier, et elle ouvre l’accès au CPF.
Elle a aussi changé de nature. Depuis le décret n° 2025-500 du 6 juin 2025, l’habilitation n’est plus un partenariat commercial libre : c’est un acte réglementé, assorti d’obligations qui pèsent sur vous et pas seulement sur le certificateur. Et depuis le 25 juin 2026, France compétences peut venir les vérifier chez vous.
Sans habilitation déclarée, pas de financement CPF
Le point de départ est l’article R. 6113-16 du Code du travail, réécrit par le décret de juin 2025. Le principe qu’il pose est plus strict qu’on ne le croit : ce sont les ministères et organismes certificateurs qui assurent la préparation à la certification et l’évaluation des candidats. Ils ne peuvent habiliter des organismes tiers qu’« à défaut d’assurer eux-mêmes » ces missions. L’habilitation est donc juridiquement une exception, pas un canal de distribution.
En pratique, c’est devenu la norme. Le certificateur déclare ses partenaires à France compétences via la plateforme Certif Pro ; la liste est publiée sur la fiche du répertoire et transmise à la Caisse des Dépôts pour le contrôle des offres référencées sur Mon Compte Formation. Depuis le 24 janvier 2021, cette déclaration conditionne l’accès au financement : si aucun partenaire n’est renseigné, aucun organisme ne peut former en mobilisant le CPF au-delà du certificateur lui-même.
D’où une vérification à faire avant toute autre chose, et que très peu d’organismes font : ouvrez la fiche de la certification que vous vendez et cherchez votre SIRET dans la liste des partenaires habilités. Une convention signée mais non déclarée ne vous protège de rien — elle vous expose à un déréférencement lors du prochain contrôle de la Caisse des Dépôts, avec les mêmes conséquences que les autres motifs décrits dans notre guide du référencement sur EDOF.
Trois voies vers une offre certifiante
Avant de signer quoi que ce soit, il faut avoir arbitré entre trois montages qui n’ont ni le même coût, ni le même horizon, ni le même degré d’autonomie.
| Déposer sa certification | Co-certification | Habilitation | |
|---|---|---|---|
| Qui décide | France compétences | Le certificateur porteur | Le certificateur, souverainement |
| Délai réaliste | 4,3 mois d’instruction en moyenne au RNCP, après constitution du dossier | Négociation bilatérale, convention à produire à l’enregistrement | Quelques semaines à quatre mois |
| Prérequis bloquant | Des promotions de titulaires déjà certifiés et suivis | Être reconnu comme co-délivreur, mêmes droits et obligations | Qualiopi, moyens pédagogiques et d’encadrement démontrés |
| Ce que vous maîtrisez | Référentiels, tarifs, réseau, épreuves | Une partie de l’ingénierie | Ni le référentiel, ni la durée, ni souvent le prix |
| Risque principal | Refus ou non-renouvellement | Solidarité de fait avec le porteur | Disparition de la certification hors de votre contrôle |
Le premier montage est plus verrouillé qu’il n’y paraît. En 2025, France compétences a instruit 2 584 dossiers, avec un délai moyen d’instruction de 4,3 mois (128 jours) au RNCP. Surtout, le taux d’acceptation s’établit à 68 % au RNCP mais à 32,9 % seulement au Répertoire spécifique, en recul de six points en un an. Le piège est logique : l’enregistrement s’apprécie sur l’analyse de promotions de titulaires ayant réussi les épreuves. Il faut donc avoir délivré la certification avant de pouvoir la faire enregistrer — donc financer les premières cohortes sans CPF. Et si vos données ne portent que sur une seule année, la durée d’enregistrement est plafonnée à trois ans. Trois refus en cinq ans déclenchent une année de carence sur tout projet similaire (article R. 6113-11-1).
Un dernier paramètre pèse lourd depuis février 2026 : le choix du répertoire plafonne votre prix de vente. Le décret n° 2026-127 du 24 février 2026 limite la prise en charge CPF à 1 500 € pour une certification du Répertoire spécifique — la certification CléA exceptée — alors que le RNCP reste non plafonné, comme nous le détaillons dans notre analyse de la réforme CPF 2026. Se faire habiliter sur une certification du Répertoire spécifique, c’est accepter un plafond de recette par dossier.
Ce que le 1er octobre 2025 a changé
Le décret n° 2025-500 a créé un article R. 6113-16-1 qui impose une forme à l’habilitation : une décision du ministre lorsqu’elle émane d’un ministère certificateur, une convention écrite conclue avec vous lorsqu’elle émane d’un organisme certificateur. Fini les échanges de courriels et les « accords de partenariat » d’une page.
Sa délivrance est subordonnée à deux conditions cumulatives : votre capacité à assurer le respect des référentiels de la certification, et l’adéquation de vos moyens pédagogiques, techniques et d’encadrement. Un arrêté du ministre certificateur peut les préciser et fixer les modalités de dépôt d’une demande. Bonne nouvelle de ce côté : par dérogation au code des relations entre le public et l’administration, le silence gardé pendant quatre mois par l’administration sur votre demande vaut acceptation. Cette règle ne joue toutefois que face à une administration ; un certificateur privé, lui, reste libre de ne jamais répondre.
Attention au calendrier, car c’est là que la plupart des lectures dérapent. Les articles R. 6113-16-1 et R. 6113-16-2, qui fixent la forme et le contenu de l’habilitation, ne s’appliquent qu’aux habilitations délivrées à compter du 1er octobre 2025. Votre convention de 2022 n’est donc pas rétroactivement irrégulière. En revanche, les articles R. 6113-16-3 à R. 6113-16-5, qui énumèrent vos obligations d’exécution et le régime de déclaration, sont entrés en vigueur dès le 9 juin 2025 et s’appliquent à tout le monde. Vous pouvez très bien détenir une habilitation ancienne parfaitement valide et être en infraction sur son exécution. Le Vademecum publié par France compétences en janvier 2026 — 36 fiches, adopté le 17 décembre 2025, dont une consacrée à la mise en réseau et au contrôle des habilitations — invite d’ailleurs à réexaminer toutes les habilitations antérieures.
Les sept mentions que votre convention doit porter
L’article R. 6113-16-2 liste ce que l’habilitation doit préciser, à défaut de dispositions réglementaires spécifiques : son objet ; les certifications, blocs de compétences ou habilitations concernés ; sa période de validité ; les modalités de détermination et d’acquittement de la contrepartie, notamment financière, demandée par le certificateur ; le cas échéant les conditions de recours à la sous-traitance dans le respect de l’article L. 6323-9-2, avec les obligations et responsabilités des sous-traitants ; les moyens techniques, pédagogiques et d’encadrement que vous devez mettre en œuvre ; et, pour les conventions liant un établissement d’enseignement à un CFA, la répartition de la gestion administrative.
Deux de ces mentions changent concrètement le rapport de force.
La quatrième, d’abord. Les modèles économiques pratiqués sont connus — droit d’entrée fixe, redevance annuelle, coût par candidat inscrit, coût par passage d’épreuve, parfois cumulés. Ce qui est nouveau, c’est que la convention doit écrire comment le montant est déterminé et comment il est acquitté. Une hausse de redevance annoncée par courriel en cours d’année, ou une facturation « par candidat présenté » dont le périmètre n’est pas défini, sort du cadre. Négociez cette clause comme celle du prix d’un contrat cadre : base de calcul, date de révision, préavis.
La troisième, ensuite : la période de validité. C’est la date d’expiration de votre catalogue, pas une formalité. Si votre habilitation court jusqu’en juin 2027 et que la fiche du répertoire expire en décembre 2026, votre offre s’arrête en décembre 2026. Alignez systématiquement les deux dates et inscrivez dans la convention le délai dans lequel le certificateur s’engage à vous informer d’une demande de renouvellement — ou de son abandon.
Vos obligations propres quand vous êtes habilité à former
C’est le cœur du sujet, et c’est ce que presque personne ne lit. L’article R. 6113-16-3 impose cinq obligations à l’organisme habilité à préparer une certification.
D’abord, utiliser l’intitulé exact de la certification ou des blocs visés — dans la demande de référencement sur Mon Compte Formation, dans les documents transmis aux financeurs, et dans l’ensemble des documents communiqués au public, quel qu’en soit le support. Site, plaquette, page de vente, publication sur les réseaux : rebaptiser un titre « Coach professionnel certifié » en « Parcours Excellence Coaching » n’est plus une liberté marketing, c’est un manquement.
Ensuite, réaliser les actions préparant à l’acquisition de l’ensemble des connaissances et compétences du référentiel, y compris transversales. Vendre un parcours qui ne couvre qu’une partie du référentiel est proscrit, exactement comme la vente d’une fraction de bloc de compétences sur EDOF.
Enfin, respecter les durées minimales de formation et celles, minimales comme maximales, des stages et périodes en milieu professionnel obligatoires ; respecter les obligations de présentiel éventuellement prévues ; respecter le nombre maximal de stagiaires par formateur. Ces trois points heurtent de plein fouet les modèles souples : si le certificateur impose deux jours en présentiel et un groupe de douze au maximum, votre logique d’entrées au fil de l’eau et de parcours individualisés doit s’y plier. Vérifiez ces contraintes avant de construire votre planning.
Habilité à évaluer : le piège des organismes mixtes
L’habilitation peut porter sur la préparation, sur l’évaluation, ou sur les deux. Si elle couvre l’évaluation, l’article R. 6113-16-4 vous impose d’organiser des sessions d’examen conformes au référentiel d’évaluation de la certification.
Son second alinéa mérite une lecture attentive, parce qu’il ferme une pratique répandue : lorsque vous êtes habilité à la fois à préparer et à évaluer, vous devez inscrire à une de vos sessions d’examen les personnes à qui vous avez dispensé une préparation. Autrement dit, plus de sélection à l’entrée de l’épreuve. Préparer trente candidats et ne présenter que les douze dont la réussite est probable, pour préserver un taux affiché, devient un manquement caractérisé.
Cette règle se combine avec l’article 59 de la loi n° 2026-534 du 25 juin 2026, qui a complété l’article L. 6323-6 : le titulaire d’un CPF mobilisé sur une formation certifiante doit désormais s’inscrire et se présenter aux épreuves. En cas d’absence sans motif légitime, la Caisse des Dépôts lui réclame le remboursement des sommes versées, et il reste débiteur envers vous. Le décret devant définir ces motifs légitimes n’est toujours pas paru. La conséquence opérationnelle est immédiate : convocations, accusés de réception, présences aux épreuves et résultats doivent être tracés dossier par dossier, dans la même rigueur que l’émargement des séances.
Depuis le 25 juin 2026, le contrôle vient chez vous
Jusqu’à cet été, le contrôle était indirect. L’article R. 6113-16-8 permet à France compétences — ou à un tiers qu’elle mandate, éventuellement à la suite d’un signalement — de procéder à des contrôles sur pièces auprès des ministères et organismes certificateurs. Ces contrôles portent explicitement sur le respect des articles R. 6113-16-3 à R. 6113-16-5, c’est-à-dire sur vos obligations : elles étaient donc déjà contrôlées, mais par ricochet, à travers votre certificateur.
L’article 58 de la loi anti-fraude du 25 juin 2026 fait tomber cette protection. Il élève le contrôle sur pièces au rang législatif, y ajoute un pouvoir de contrôle sur place, et étend explicitement ces contrôles aux organismes habilités par les ministères et les certificateurs. Le nouvel article L. 6113-6-1 autorise France compétences à exiger la communication de tout document, quel qu’en soit le support, sans que le secret professionnel puisse lui être opposé. Les agents, tenus au secret professionnel, peuvent faire usage d’une identité d’emprunt.
Additionnez les régimes : audit Qualiopi, contrôle de service fait de la Caisse des Dépôts sur vos dossiers CPF, contrôle administratif et financier de l’État avec le régime d’amendes décrit dans notre guide de la loi anti-fraude formation, et désormais contrôle de France compétences sur votre habilitation. Quatre logiques distinctes, une seule réalité à documenter.
L’effet domino : ce que vous risquez vraiment
Le risque immédiat est contractuel. En cas de manquement, l’article R. 6113-16-6 autorise le certificateur à suspendre à titre conservatoire votre convention d’habilitation, puis à la résilier après vous avoir informé des griefs et laissé un délai suffisant pour présenter vos observations. Une suspension conservatoire prend effet sans procédure préalable : votre offre peut devenir inéligible du jour au lendemain.
Le risque systémique est plus retors, et c’est celui qu’il faut expliquer à son comité de direction. La sanction de France compétences prévue à l’article R. 6113-16-9 ne vous frappe pas : elle frappe le certificateur. Mise en demeure de se conformer dans un délai qui ne peut être inférieur à trente jours, observations écrites et audition possibles, puis quinze jours pour se mettre en conformité — et à défaut, suppression des répertoires nationaux des certifications concernées. En cas de manquement grave ou répété, c’est tout ou partie du portefeuille du certificateur qui peut être supprimé, avec une interdiction de présenter un nouveau projet pendant deux ans au maximum. Or les manquements visés incluent ceux des articles R. 6113-16-3 à R. 6113-16-5 : votre non-conformité peut coûter à votre certificateur son enregistrement, et vous coûter à vous une offre qui s’éteint sans que vous soyez partie à la procédure.
Ce scénario n’est pas théorique. Sur le terrain voisin de la transmission des données de titulaires, la campagne de mises en demeure ouverte en mai 2025 a visé 132 certificateurs pour 230 couples certificateur-certification, avec soixante jours pour réagir : 18 % ont transmis, 26 % ont poursuivi un accompagnement et 56 % sont restés sans réponse et éligibles à sanction, France compétences ayant rendu les certifications inactives. C’est le même mécanisme d’accrochage que celui qui alimente le Passeport de compétences — et la preuve que le régulateur va au bout.
Menez donc sur votre futur certificateur la due diligence que vous réserveriez à un fournisseur critique : date d’expiration de la fiche, taille et rotation du réseau de partenaires, transmission des données de titulaires à jour, procédure formalisée de contrôle de ses partenaires.
Au 1er novembre 2026, l’audit Qualiopi vérifie votre habilitation
Dernière échéance, et elle est proche. Le décret n° 2026-728 du 1er août 2026, publié au Journal officiel du 4 août, porte le référentiel national qualité de 32 à 33 indicateurs à compter du 1er novembre 2026, sans disposition transitoire : c’est la date de votre audit qui commande la grille appliquée.
Parmi les indicateurs modifiés, l’indicateur 7 vous concerne directement. Il ne se limite plus à l’adéquation du contenu aux exigences de la certification visée : le prestataire doit désormais pouvoir prouver sa capacité à assurer cette certification, y compris en qualité d’organisme habilité. La formule vise précisément votre situation. La confiance que votre certificateur vous a accordée en vous habilitant ne constitue pas, à elle seule, une preuve de votre compétence devant l’auditeur.
Concrètement, préparez un dossier d’habilitation auditable : convention en cours de validité, périmètre exact des certifications et blocs couverts, qualifications de chaque intervenant rapportées aux compétences du référentiel, moyens techniques, modalités d’évaluation appliquées, résultats des candidats présentés. Le guide de lecture V10 n’étant pas publié à ce jour — la version 9 du 8 janvier 2024 reste la seule référence opposable —, tenez-vous-en aux preuves manifestement attendues sans surinterpréter, comme nous le rappelons dans notre analyse de la réforme Qualiopi 2026.
Rien de tout cela n’est hors de portée d’une petite structure. Mais ces preuves ne se fabriquent pas la veille d’un audit : elles se produisent quand chaque inscription rattache le bénéficiaire à une certification et à un intervenant, quand chaque convocation aux épreuves laisse une trace, et quand la période de validité de l’habilitation est une alerte dans l’outil plutôt qu’une ligne dans un classeur. C’est la logique d’un logiciel qui automatise la conformité au fil de la production.
L’habilitation reste la voie la plus rapide vers une offre certifiante finançable. À condition de la traiter pour ce qu’elle est devenue : un engagement réglementaire dont vous répondez, adossé à un partenaire dont la solidité conditionne la vôtre.
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