C’est le marché d’accompagnement le plus volumineux de France Travail, et pourtant le moins documenté côté opérateur. Activ’Projet finance la définition ou la confirmation d’un projet professionnel pour des dizaines de milliers de demandeurs d’emploi chaque année — un seul lot régional peut porter sur plus de 7 000 bénéficiaires. Pour un centre de bilans, un cabinet d’orientation ou un opérateur déjà présent sur les marchés France Travail, c’est un canal de croissance majeur. Mais c’est aussi un marché à faible prix unitaire où la rentabilité se joue entièrement sur l’efficacité de vos processus. Ce guide fait le point sur le dispositif, ses règles d’attribution réelles, et ce qu’il exige à l’exécution.
Activ’Projet, c’est quoi exactement ?
Activ’Projet est une prestation d’accompagnement individuel d’une durée de 8 à 12 semaines, dont l’objectif est d’aider le bénéficiaire à élaborer ou confirmer un ou plusieurs projets professionnels (France Travail parle de faire émerger « 1 à 2 pistes prioritaires »). Elle s’adresse à tout demandeur d’emploi, quel que soit son degré d’autonomie, y compris les bénéficiaires des minima sociaux.
Concrètement, la prestation combine des entretiens individuels, des ateliers collectifs, des ressources en e-learning, et surtout au moins une PMSMP d’une durée minimale de 2 jours. Cette immersion en entreprise est une caractéristique distinctive du dispositif : le bénéficiaire ne fait pas que réfléchir à son projet, il le teste en conditions réelles. À la sortie, il repart avec un plan d’action personnalisé transmis à son conseiller France Travail.
Côté accès, le demandeur d’emploi est orienté par son conseiller ou s’inscrit lui-même via la rubrique « Mes services à la carte » de son espace personnel. La prestation est gratuite pour le bénéficiaire, qui conserve ses allocations (ARE, ASS) pendant toute sa durée.
Les chiffres publiés par France Travail confirment l’utilité perçue du dispositif : 75 % des bénéficiaires déclarent avoir avancé sur leur projet, 76 % se disent remobilisés et plus confiants, et 9 sur 10 jugent l’accompagnement utile. Pour un opérateur, ces indicateurs de satisfaction ne sont pas anecdotiques : ils conditionnent la réputation du titulaire et pèsent lors des renouvellements.
Activ’Projet ou bilan de compétences : ne pas confondre
Beaucoup de centres de bilans regardent Activ’Projet comme une simple variante financée par France Travail. C’est une erreur de cadrage qui peut coûter cher en mémoire technique comme à l’exécution. Les deux prestations aboutissent à un projet professionnel, mais tout le reste diffère.
| Critère | Activ’Projet | Bilan de compétences |
|---|---|---|
| Financeur | France Travail (marché public) | CPF, employeur, OPCO |
| Public | Demandeurs d’emploi | Salariés, actifs, demandeurs d’emploi |
| Cadre juridique | Accord-cadre / commande publique | Articles L. 6313-4 et R. 6313-4 et suivants |
| Durée | 8 à 12 semaines | 13 à 24 h sur plusieurs semaines |
| Immersion | PMSMP ≥ 2 jours obligatoire | Non prévue |
| Livrable | Plan d’action transmis au conseiller | Document de synthèse propriété du bénéficiaire |
| Confidentialité | Restitution au prescripteur France Travail | Résultats confidentiels sauf accord du bénéficiaire |
La différence de confidentialité est structurante : en bilan de compétences, les conclusions appartiennent au seul bénéficiaire et ne peuvent être communiquées à un tiers sans son accord. En Activ’Projet, l’opérateur rend compte au conseiller prescripteur. Un centre qui bascule sur le marché France Travail doit adapter ses trames, son discours d’entrée et son outillage en conséquence. Si vous hésitez encore sur votre positionnement, notre guide de choix d’un logiciel de gestion détaille les critères pour piloter plusieurs dispositifs sans multiplier les outils.
Le marché : accord-cadre, lots et prix plafond
Activ’Projet est attribué sous forme d’accords-cadres à bons de commande, avec un titulaire unique par lot géographique (pas de multi-attribution). Chaque lot fixe un volume minimum et maximum de bénéficiaires : vous êtes contractuellement engagé sur le minimum. Les ordres de grandeur sont significatifs. Sur le marché AP3 en Nouvelle-Aquitaine, le lot Gironde portait sur 2 521 bénéficiaires minimum et 7 204 maximum pour la seule première période ; le lot Charente–Deux-Sèvres–Vienne, sur 2 380 à 6 800. En Île-de-France, le prix plafond montait à 610 € par bénéficiaire, contre 572 à 581 € en Nouvelle-Aquitaine et 593 € en Pays de la Loire.
Ce prix unitaire est bien plus élevé que celui d’Agil’Cadres (371 €), mais il rémunère un accompagnement intensif sur 8 à 12 semaines incluant une immersion. À ce niveau de prix et sur ces volumes, chaque heure administrative non automatisée grignote directement la marge.
Plusieurs conditions de recevabilité sont éliminatoires :
- La certification Qualiopi (article L. 6316-1 du Code du travail) est exigée : sans elle, l’offre est écartée avant évaluation.
- La capacité financière : le chiffre d’affaires annuel moyen des trois derniers exercices doit atteindre un seuil minimal fixé par lot — de l’ordre de 1,48 M€ en Nouvelle-Aquitaine à 3,87 M€ en Île-de-France. C’est un vrai filtre pour les petites structures, qui doivent envisager le groupement.
- Des locaux obligatoires dans les communes listées au lot (avec possibilité d’entretiens à distance en complément).
- Une proposition méthodologique plafonnée à 100 pages A4 : la clarté et la hiérarchisation priment sur le volume.
Autre subtilité à ne pas négliger : le cahier des charges assortit chaque lot d’un engagement d’insertion professionnelle exprimé en heures de travail à générer (par exemple 1 602 h sur le lot Gironde AP3). Ce n’est pas une prestation à obligation de moyens pure : l’opérateur s’engage aussi sur des résultats d’accès à l’emploi ou à l’immersion. Votre mémoire technique doit expliquer comment vous les atteignez, et votre outil doit savoir les tracer.
Ce que le cahier des charges exige à l’exécution
Une fois le lot remporté, les contraintes opérationnelles rejoignent celles de tous les marchés France Travail, avec quelques spécificités Activ’Projet :
- Organiser la PMSMP. L’opérateur est responsable de trouver l’entreprise d’accueil, d’établir la convention, de suivre la période et de la tracer. Sur des centaines de bénéficiaires, la gestion des conventions d’immersion devient un chantier à part entière.
- Remonter les flux dans Prest@ppli. Les prescriptions arrivent par Prest@ppli, tout comme la confirmation de présence au premier rendez-vous — donnée critique qui déclenche le démarrage effectif et le paiement. Les livrables (plan d’action, synthèses) y sont déposés dans les délais contractuels.
- Tracer chaque séance. L’émargement électronique de chaque entretien et atelier, horodaté avec le statut du bénéficiaire (présent, absent excusé, absent non excusé), alimente directement les remontées France Travail et sécurise le contrôle de service fait.
- Gérer les questionnaires FSE en entrée et en sortie, lorsque le marché est cofinancé par l’Union européenne.
- Facturer via Chorus Pro, plateforme obligatoire pour la commande publique, avec un paiement à 30 jours qui ne court qu’à réception d’une facture conforme.
Piloter Activ’Projet : où se joue la rentabilité
Le vrai défi d’Activ’Projet n’est pas pédagogique, c’est industriel. Gérer 3 000 à 7 000 bénéficiaires sur un lot, avec des entrées permanentes prescrites au fil de l’eau, suppose une logique de dossier bénéficiaire robuste — proche de celle des formations courtes à entrées continues. Les points de friction récurrents :
- L’import des prescriptions. Ressaisir manuellement chaque dossier prescrit dans Prest@ppli représente 10 à 15 minutes par bénéficiaire selon les retours terrain. Sur 3 000 bénéficiaires, c’est plus de 500 heures de saisie évitable.
- Le suivi des PMSMP. Conventions, dates, entreprises d’accueil, attestations : sans centralisation, l’information se perd et les preuves manquent au moment du contrôle.
- La production du plan d’action. Un livrable généré à partir des données déjà saisies, plutôt que ressaisi, économise du temps sur chaque dossier et garantit la conformité au cahier des charges.
- La consolidation pour le mandataire. Sur un groupement, le mandataire doit agréger l’activité de tous les co-traitants pour le reporting France Travail et la facturation Chorus Pro. Des outils hétérogènes transforment cette consolidation en corvée mensuelle.
C’est exactement là qu’un logiciel de gestion adapté fait la différence : automatisation des flux Prest@ppli, émargement natif, génération des livrables et facturation Chorus Pro sans double saisie. Sur un marché à 580 € l’unité, l’écart de productivité entre un processus manuel et un processus automatisé détermine si le lot est rentable ou non.
2026-2027 : anticiper le renouvellement
C’est le point d’actualité à surveiller. Les marchés AP3 ont pris effet au 1er janvier 2024, avec une période ferme puis des reconductions expresses par tranches de 15 mois. Selon les régions, les échéances tombent entre fin 2026 et 2027 — ce qui signifie que les consultations de la génération suivante (l’« AP4 ») se prépareront dans les prochains mois. Pour un opérateur qui veut entrer sur le marché ou défendre un lot qu’il détient déjà, l’anticipation est décisive : la mise en concurrence se joue à 60 % sur le mémoire technique et 40 % sur le prix.
Deux facteurs renforcent l’enjeu. D’abord, la montée en charge du réseau France Travail issue de la loi pour le plein emploi élargit continuellement le vivier de bénéficiaires à orienter. Ensuite, la qualité et la satisfaction mesurées sur le marché en cours pèsent lourd au moment de le reconquérir. Un titulaire qui n’a pas industrialisé sa gestion arrive fragilisé face à des concurrents mieux outillés.
Si vous préparez une candidature, la phase amont — go/no-go, recevabilité, choix du montage (seul, groupement ou sous-traitance) et rédaction du mémoire technique — fait l’objet d’un guide dédié pour répondre à un appel d’offres France Travail. Et pour situer Activ’Projet dans l’écosystème complet de l’orientation, notre panorama du Conseil en Évolution Professionnelle éclaire l’articulation entre les différents dispositifs de définition de projet.
En résumé
Activ’Projet est une opportunité de volume pour tout opérateur de l’accompagnement, mais un marché exigeant : prix unitaire serré, engagement de résultat, PMSMP à organiser, contrôles de service fait et reporting France Travail. La réussite repose sur deux piliers : un accompagnement de qualité qui fait progresser réellement les bénéficiaires, et une gestion industrialisée qui protège vos marges. Anticiper dès maintenant le renouvellement 2026-2027, c’est se donner le temps de bâtir les deux.
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